« Sans une vision politique claire, l’industrie française risque de perdre son cap et sa compétitivité. »
Ce 10 avril 2025, notre président, Fabrice Coevoet, a eu l’opportunité de faire paraître dans le journal Les Échos une tribune sur l’impact de la politique actuelle sur les entreprises du tissu industriel français.
Le tissu industriel français repose sur des PME et ETI performantes, créatrices d’emplois et de croissance. Fabrice Coevoet, président du groupe Barcodis, alerte sur les choix politiques qui fragilisent ces entreprises et notre compétitivité.
Nous vivons dans une époque où l’imagerie des startups capte l’essentiel de l’attention médiatique et politique. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Il ne s’agit pas d’opposer startups et entreprises industrielles, mais de rappeler une évidence : la France compte des milliers d’entreprises ancrées dans le réel, créatrices d’emplois stables et de valeur tangible. Or, ces entreprises peinent à attirer les jeunes talents, souvent séduits par l’aura des levées de fonds et des promesses de croissance rapide.
Mais combien de startups restent déficitaires pendant des années ?
À l’inverse, combien de PME et ETI assurent une croissance régulière, investissent, forment et intègrent durablement leurs salariés ?
Ces entreprises sont le socle de notre industrie, mais elles sont trop souvent laissées de côté dans les choix économiques du gouvernement.
Une reprise économique à la peine
Dans la plupart des grandes économies, la reprise est là. Les Etats-Unis et l’Asie retrouvent du dynamisme, l’Angleterre et l’Europe du Sud également, tandis que la France peine à se relever. Ce contraste est inquiétant, car il signifie que nous prenons du retard face à nos concurrents. Dans ce contexte, seules les entreprises les plus solides survivront.
Les PME et ETI sont le socle de notre industrie, mais elles sont trop souvent laissées de côté dans les choix économiques du gouvernement.
Mais pour que ces entreprises puissent jouer leur rôle – social et économique bien sûr, mais aussi en termes d’intégration des citoyens – elles ont besoin d’un environnement fiscal et économique stable. Or, nous assistons à une aggravation des conditions de financement, les levées de fonds devenant plus complexes, et à un alourdissement fiscal qui pèse sur notre capacité à investir et à embaucher.
Si les responsables politiques veulent comprendre ce que signifie gérer une entreprise, créer de la valeur et jouer au quotidien un vrai rôle social, je les invite à voir nos réalités de terrain. Pas pour une simple visite qui fera les images du JT de 20 heures Pour passer réellement du temps avec nous.
Créer les conditions de la relance
Ce temps est indispensable pour constater et comprendre comment nous devons produire du profit pour exister et continuer à investir. La compétitivité ne se décrète pas, elle se construit avec des conditions adaptées. Aujourd’hui, nous faisons face à un risque majeur : celui de voir notre industrie se fragiliser dangereusement, faute de vision économique adaptée.
Les entreprises industrielles françaises ne demandent pas d’aides ou de privilèges. Elles demandent simplement un cadre qui leur permette de continuer à jouer leur rôle : produire, embaucher, innover. Mais aussi intégrer.
On ne le souligne pas assez :
L’entreprise est un lieu d’intégration pour les citoyens, quelles que soient leur origine et leur histoire.
Si la fiscalité continue de s’alourdir, si le coût du travail devient insoutenable, alors c’est tout un pan de notre économie – et de notre société – qui s’effondrera.
Nous avons en France des entreprises qui font bien les choses, tant sur le plan économique que social. Des entreprises au sein desquelles un objectif commun unit les salariés et les dirigeants, bien loin du climat de défiance qui règne dans notre pays. Mais nous ne pourrons pas tenir éternellement si les règles du jeu continuent de se durcir.
A quand une vision politique ?
Après avoir fragilisé l’école, la justice et l’hôpital, allons-nous maintenant sacrifier nos entreprises ?
Il n’est pas normal que nous, les PME et ETI, ayons davantage de vision que les responsables politiques. Nous jouons chaque jour notre rôle économique et social avec conviction et nous continuerons de le faire.
Mais qui nous guide, quelle est la vision des dirigeants pour notre pays ? Il est encore temps de réagir. Nos dirigeants, qui ont souvent fait toute leur carrière dans la politique, doivent s’immerger dans notre réalité. Peut-être comprendront-ils alors le danger que représente l’environnement de plus en plus incertain et contraint qu’ils imposent au pays. Nous avons besoin qu’ils prennent enfin de la hauteur, nous avons besoin d’une vraie vision économique.
Fabrice Coevoet est président du groupe Barcodis.

Si la fiscalité continue de s’alourdir, si le coût du travail devient insoutenable, alors c’est tout un pan de notre économie – et de notre société – qui s’effondrera, prévient Fabrice Coevoet.
Credits: Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP
